• Dès mon arrivée chez Clara celle-ci voulut brûler tous mes vêtements qui sentaient très mauvais bien qu’ils n’aient jamais touchés l’eau. Je pus les sauver en les lavant et en les suspendant dans le jardin. L’eau savonneuse et le vent les libérèrent des relents nauséabonds. Qu’en à moi j’allais porter main-forte à l’Armée du Salut qui cherchait des volontaires pour emballer vivres et objets de premières nécessité destinés aux sinistrés de l’inondation. Durant 10 jours je suis allée au siège de l’Association à Anchorage jusqu’au jour où je reçus une lettre de tante Jeanne qui demandait que je la rejoigne à Fairbanks.

    Chena River le 26 août 1967

    Dans la rue, en face du bureau de l'assureur

    Chena River était retournée dans son lit et les rues étaient presque à sec. Jeanne avait besoin de moi pour rentrer à Anchorage et surtout pour rendre visite à l’assureur. Souvenez-vous de la discussion que j’ai eu avec elle au sujet de l'assurance (Clic) de la Chevrolet.  Aujourd’hui elle était contente car l’assurance reprenait la voiture et payait, à 50$ près, la somme que tante Jeanne avait dépensé pour l’acheter. Tout ceci grâce à mon entêtement. Tante Jeanne me remercia en m’offrant un charm-bracelet en or.  Y sont accrochés une douzaine de breloques : un orignal, un caribou, une croix, la carte de l’Alaska, des pépites d’or etc.

    Un quartier de Fairbanks le 26 août 1967 


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  • http://i55.tinypic.com/a3zgd2.jpg On arriva à l’aéroport sain et sauf. C’est quand j’ai signé les papiers que je me suis rendue compte de l’état dans lequel j’étais : impossible d’écrire sans trembler. Dans l’avion pour Anchorage j’ai sympathisé avec mes voisins, un couple venu du Texas, à qui j’ai remis une lettre pour mes parents les priant de la poster lorsqu’ils seraient hors pays. Ce geste allait réconforter ma famille plus que je ne l’imaginais. À Anchorage une foule nous attendait, le service d’ordre partagea les arrivants en deux : les touristes et les Alaskans.  Je voulus me mettre avec les touristes, mais comme j’étais connue en tant que nièce de tante Jeanne on me mit dans la file des habitants du pays mettant sur le compte de l’émotion mon désir de me mettre avec les touristes. D’autant plus que Clara, l’amie de tante Jeanne, m’attendait. Le lendemain mon nom parut dans l’Anchorage Time sous la liste des victimes de l’inondation. Ce que j’ignorais c’est que cette catastrophe faisait la une des journaux dans le monde entier, car le territoire couvert par les eaux était immense. Mes parents étaient abonnés à France-Soir. Père cacha le journal à mère pour ne pas l’affoler. Mes grands-parents, en vacances en Suisse, téléphonèrent pour avoir des nouvelles. Eux aussi étaient au courant. Père fut convoqué à la Préfecture, où on lui annonça ma disparition. En effet tous les touristes avaient été évacués tandis que mon nom apparaissait sur la liste des victimes faite par la croix rouge. Les autorités françaises en conclurent que j’étais morte. Heureusement que la lettre expédiée du Texas arriva le même jour.


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  • http://i56.tinypic.com/29krhhk.jpg On passa une autre nuit dans le studio envahit par les odeurs des eaux qui charriaient toutes sortes de débris. Le lendemain de très bonne heure on vint nous avertir que les personnes étrangères à la ville allaient être évacuées vers l’aéroport. Je fis donc ma valise. Tante Jeanne qui ne savait pas nager et avait peur de monter dans le petit bateau refusa l’évacuation. « Pars ma chérie tu seras plus utile autre part que bloquée ici ! » Je la quittais à 9h, le cœur plein de chagrin. La première partie du trajet se fit en canot à moteur, dont le propriétaire allait faire la navette entre l’immeuble et un endroit presque à sec. Finalement vers 17h  nous fûmes une cinquantaine de personnes à attendre le bus qui allait nous emmener à l’aéroport.  

     http://i54.tinypic.com/2m7ym92.jpg

    Deux bus arrivèrent conduits par des bénévoles, un des chauffeurs chargea toutes les valises et autres bagages dans le bus dans lequel je voulais monter. Refus catégorique, je devais monter dans le second bus. Je compris par la suite pourquoi ce refus. Le premier bus ouvrait la route, il risquait de tomber dans un trou creusé par les eaux. Le trajet jusqu’à l’aéroport se fit au pas. Dans mon bus, le chauffeur, en caleçon et chemise, conduisait pieds nus. Deux jours qu’il était vêtu de la sorte  « que voulez-vous, on a besoin de moi et c’est tout ce que j’ai pu sauver avant hier soir. »


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  • Lentement mais sûrement la ville basse située le long du fleuve fut submergée par les flots. Le soir, comme je le disais dans mon précédent article, l’eau atteignit notre quartier. Nous ne restâmes pas longtemps sans craindre le pire. Un hélicoptère, tous feux allumés survola l’immeuble, on entendait le haut parleur : « on évacue les habitants des maisons aux alentours et ceux des étages inférieurs, les autres vous ne craignez rien ». Tant bien que mal, tante Jeanne et moi, nous essayâmes de dormir mais les hurlements des chiens, attachés à leurs niches, nous tinrent éveillées jusqu’à ce qu’on ne les entendit plus.                       Les avait-on secourus, étaient-ils morts noyés ?

    Le 15 août 1967 au matin  Le même jour dans l'après midi

    Le lendemain matin Fairbanks était entièrement sous les eaux, l’électricité et l'eau étaient coupées, dans l’immeuble toutes les portes des studios étaient ouvertes, on se rendait visite pour mettre en commun les victuailles. Un habitant du second (troisième aux USA) plongea dans l’eau pour chercher des bouteilles dans le bar voisin qui était sous l’eau. Il revint avec divers bouteilles d’alcool. Beaucoup de locataires avait soif et pas d’eau. Au fur et à mesure que les plombs sautaient sur les pylônes environnants les maisons prenaient feu. On pariait à celle qui serait épargnée. Le soir l’hélicoptère se posa sur le toit et apporta quelques galons d’eau potable. Sur le parking de l’immeuble on ne voyait plus que le toit de notre voiture. http://i56.tinypic.com/357puzm.jpg


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  • Ce jour là , comme tous les jours depuis notre arrivée à Fairbanks, je m’étais rendu dans le vieil hôtel dont le propriétaire avait accepté d’exposer des toiles de tante Jeanne. « Mais c’est un honneur » avait-il dit. Il faut dire que Jeanne Laurence comptait parmi les personnalités de l’Alaska. Tandis qu’elle restait au studio pour peindre ou tenir salon, je tâchais de vendre ses toiles dans le lobby de l’hôtel. L’ambiance était sympa et j’y côtoyais de nombreuses personnes comme des chercheurs d’or qui venaient en ville de temps en temps.

    J’avais l’impression de vivre dans un film…

    Chena River le matin du 14 août 1967  Chena River à 14h le 14 août 1967

    Il était presque 14h, je parlais allemand avec un trappeur d’origine allemande qui vivait dans le pays depuis 50 ans à la recherche d’or. Il ne venait en ville que tous les six mois et ne savait toujours pas correctement s’exprimer en anglais, comme moi d’ailleurs. Soudain un brouhaha parcourut le hall et le propriétaire vint me dire qu’il fallait que je rentre me mettre à l’abri. L’immeuble où je logeais avec ma tante était bâti un peu en hauteur par rapport à la rivière dont le niveau montait dangereusement. Il faisait trop chaud et un glacier avait fondu en amont de Chena River qui allait sortir de son lit… http://i52.tinypic.com/23rs6kx.jpg  Je pris une dernière photo avant de renter. Un silence étrange s’empara de la ville suivi du vol incessant des hélicoptères.

     À 17h30 l’eau atteignit le bas de notre immeuble. On nous rassura en disant que les fondations étaient entourées d’un fossé qui captait les eaux au fur et à mesure. Toutefois il ne fallait pas que l’eau monte trop haut.

     Il ne pleut pas.

    C'est l'eau qui atteint notre immeuble.


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